Énergies renouvelables : et si l’enjeu n’était plus de produire… mais de consommer ?
Cessons de ne parler que de MWh et célébrons plutôt le taux d’autoconsommation !
Le débat autour des énergies renouvelables s’est récemment cristallisé autour d’oppositions parfois dogmatiques et apparemment irréconciliables.
D’un côté les tenants de la décarbonation de l’économie plaident pour le développement de la production d’électricité d’origine renouvelable propre à permettre l’atteinte des objectifs de neutralité carbone et à renforcer l’indépendance énergétique de la France. Ils soulignent que ce développement peut être réalisé au prix d’un investissement relativement faible grâce à la réduction du coût des équipements, sans commune mesure avec les investissements gigantesques mobilisés pour la construction de nouvelles centrales. Qui plus est, les équipements de production d’énergie renouvelables peuvent être construits plus rapidement et ainsi mieux répondre à la croissance à court terme des usages de l’électricité.
De l’autre, nous entendons les voix des partisans d’un système de production et de distribution d’électricité centralisé. Ces derniers font grief aux premiers de promouvoir une production d’énergie non pilotable, livrée au réseau public un peu comme les eaux usées le sont au tout à l’égout, et qui induit des déséquilibres entre offre et demande d’électricité. Au résultat de ces désordres, on constate avec le développement des renouvelables une volatilité croissante des prix de l’électricité avec parfois même des prix négatifs, en bref à une impasse.
Alors comment dépasser ces oppositions sur les énergies renouvelables?
Car il faut bien reconnaître que l’électricité d’origine renouvelable peut-être produite avec une économie de moyens indiscutable et une durée très limitée de remboursement de la dette carbone contractée avec la fabrication et l’installation des équipements de production (éoliens et photovoltaïques principalement). Sa production n’est pas pilotable certes, mais cela ne suffit pas pour la disqualifier, surtout lorsqu’elle est développée en lien étroit avec les besoins en électricité.
Comprendre ces besoins, ce n’est pas simplement parler en termes de MWh en précisant que telle ou telle centrale va produire de quoi satisfaire les besoins de quelques centaines ou milliers de foyers non dénommés, c’est également s’intéresser de près à la localisation de ces besoins et à leur temporalité. Le développement des énergies renouvelables a dépassé désormais le stade de l’enfance dans notre pays, et l’entrée dans le monde adulte oblige les producteurs à se soucier de l’utilisation des MWh qu’ils génèrent. S’ils feignent d’ignorer cette réalité, ils ne feront qu’alimenter une querelle stérile qui desservira un jour ou l’autre leurs intérêts à terme, et par voie de conséquence également ceux de notre collectivité.
La part grandissante de l’électricité d’origine renouvelable dans le mix énergétique français met donc les acteurs de cette filière face à leur responsabilité d’avoir désormais à se soucier de l’utilisation qui est faite de l’énergie qu’ils produisent. Le mécanisme mis en place par l’Etat qui garantit à ces acteurs un prix d’enlèvement du MWh (AO de la CRE et guichet des obligations d’achat) s’avère au surplus de moins en moins rémunérateur, et les temps privilégiant une approche purement productiviste de l’électricité d’origine renouvelable touchent donc à leur fin. L’objectif des producteurs d’énergie photovoltaïques devrait être d’afficher le taux d’utilisation directe de leur production le plus élevé possible.
Comment valoriser vraiment son taux d'autoconsommation?
D’abord et avant tout en privilégiant le circuit le plus court possible : celui qui relie directement le producteur et son consommateur. Le premier est ainsi en mesure de calibrer au plus juste la capacité du générateur aux besoins du second. Quant à ce dernier, la perception directe de la disponibilité ou de la carence en ressource électrique induira naturellement une adaptation de ses usages. La proximité entre production et consommation favorise le développement d’une boucle de rétroaction locale et responsable d’adaptation de la demande à l’offre électrique, allégeant d’autant la charge d’équilibrage du réseau public.
Cette proximité est encouragée par une disposition du code de l’énergie : l’autoconsommation. Son propos général est d’encourager la production d’énergie électrique sur les lieux de sa consommation et d’encourager sa consommation au travers d’une réduction, voire d’un effacement, des taxes d’utilisation du réseau public d’électricité.
Il importe aujourd’hui de prendre la mesure du bénéfice sociétal incontestable qu’apporte l’autoconsommation de l’énergie électrique et de libéraliser son cadre d’application. Ceci concerne au premier chef les critères de proximité à la fois techniques et géographiques, mais également la capacité à fédérer simplement les besoins de communautés de consommateurs pour maximiser le taux d’utilisation de l’énergie renouvelable produite localement.
Tribune rédigée par Michel Lerendu, Cofondateur de Faradae